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Claude-Max Lochu

Lochu grand reporter

Dans la petite jungle que constitue le microcosme artistique en France, il est parfois bien difficile d’avoir des points de repère à propos de tel ou tel artiste, telle ou telle école, dans toutes les acceptions de ce terme, et cela même pour un professionnel par définition désintéressé qu’est un conservateur de musée. Car fort heureusement, ce professionnel est avant tout humain, agissant et aimant selon ses propres codes et critères, mais détestant et rejetant selon le même système de valeurs. Un peintre peut être résolument figuratif, s’exprimer dans l’abstrait, ou rechercher sa propre voie, ce qui bien souvent fait de lui une sorte de phénomène qui se singularise immédiatement par rapport au dit microcosme artistique, qui conserve ses propres codes, mais ne demande qu’à être chahuté en permanence, à l’inverse des phénomènes sociétaux. Claude Max Lochu est dans ce contexte le chantre de toutes les poésies sociétales, rurales ou urbaines, ce qui le met en porte à faux permanent avec le microcosme artistique, mais fait aussi de lui l’un des très grands peintres actuels.

Même si les artistes actuels sont en prise directe avec un moment socio philosophique instantané, la force de leur expression est de savoir donner une impression émotionnelle profonde à travers la substantifique moelle qu’ils retirent de cet instant donné en un lieu précis. Et c’est là que je me souviens de ma première visite à l’atelier parisien de Lochu, où j’ai eu immédiatement la sensation d’avoir déjà rencontré l’artiste au coin d’une rue face à son chevalet en train de représenter un brin de réalité urbaine qui l’avait séduit. Car tout Lochu est dans cette permanence de témoigner de toutes ses émotions quelles qu’elles soient visuellement, dans un lieu rencontré et donc choisi, d’une carcasse de voiture abandonnée dans une friche campagnarde à un rase-mottes vertigineux au dessus des buildings new-yorkais illuminés. C’est du reportage perpétuel, comme ces grands photographes ou explorateur qui ont porté témoignage de leur époque ou de thébaïdes ultra exotiques, sans parler des correspondants de guerre bien entendu…

Et toute cette écriture prend tout son sens lorsque l’on explore plus avant l’œuvre de Lochu, où se mêlent souvenirs d’enfance, d’adolescence sous forme transfigurée (paysages urbains de Montbéliard), impressions profondes de son vécu, silhouette féminine un instant entraperçue, ou objet du quotidien mis en gros plan en forme de fétichisme suprême. Témoignages familiaux aussi, et d’autres visions de voyages en globe-trotter infatigable, comme s’il s’était donné pour mission de témoigner par plusieurs clins d’œil de sa vision pénétrante des gens et des objets. Car les objets eux-mêmes amalgamés deviennent témoignages, pour ensuite se métamorphoser en des flacons de poésie et de douce folie toujours porteuse de bonne humeur.
Lochu peintre reporter, c’est une évidence, tant la virtuosité du peintre est au service de sa vision immédiate.

Et même un paysage par-dessus les toits, avec l’effet de grand angle que lui imprime le peintre, devient à son tour porteur de cette magie et de ce sens poétique intrinsèque dans lesquels baigne finalement toute l’œuvre de Claude-Max Lochu. Lorsque tout à fait récemment, il m’a transmis les impressions de son dernier séjour à Berlin, j’ai eu vraiment le sentiment d’être à ses cotés, de ressentir le même besoin de faire ressentir telle ou telle émotion, avec toujours ce sens aigu du reportage instantané, celui d’une vision éphémère devenue œuvre d’art. Cela peut parfois être d’une très grande sophistication ou au contraire d’une grande simplicité. Ce qui compte finalement, c’est le grand art de Lochu de savoir transformer tous ces témoignages en quelque chose d’autre qui peut aller jusqu’à être poignant, tant il sait bien transmettre cette émotion spirituelle. Car c’est avant tout l’esprit de ses sujets qu’il parvient à faire passer à travers les sujets eux-mêmes

Ce passage émotionnel. transfigure le tableau, comme si l’on traversait un microcosme pour s’élancer dans l’absolu. Lochu sait donner ce bel élan à sa peinture, et chaque œuvre, quelque soit son format devient morceau de ce macrocosme qu’il ne fait pourtant qu’entrevoir mais dont il sait si bien rendre témoignage. C’est une émotion exploratoire que chaque spectateur peut ainsi s’approprier à sa propre manière, ce qui demeure l’apanage des très grands reporters. Ce qu’est réellement Claude-Max Lochu en espérant qu’il nous livrera encore nombre d’autres impressions de son propre quotidien ainsi transfiguré par son talent et son art de peintre…

André Liatard, conservateur du Musée Faure d’Aix-les-Bains, mai 2017

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